Marie-Noëlle Reboulet, présidente du Geres
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Devenir administrateur bénévole pour agir au plus près de ses valeurs

Rencontre avec Marie-Noëlle Reboulet, Présidente du Geres

On parle beaucoup des bénévoles qui œuvrent sur le terrain mais bien peu de celles et ceux qui s’investissent pleinement dans les Conseils d’administration des associations. Selon Passerelles & Compétences, 500 à 700 000 mandats d’administrateurs sont à renouveler chaque année en France. Administratrice bénévole : un rôle méconnu que nous fait découvrir Marie-Noëlle Reboulet, présidente du Geres, une association de solidarité internationale qui œuvre sur les enjeux liés au climat et à l’énergie[1].

Quels sont les rôles et les responsabilités d’un administrateur bénévole ?

Le monde associatif est très diversifié et chaque association a son mode de fonctionnement. Je vais donc parler spécifiquement de ce rôle au Geres. Chez nous, un administrateur, une administratrice, est un membre qui porte la cause de l’association. Il.elle est engagé.e et vient bien entendu participer, gratuitement, aux réunions du Conseil d’administration qui se tient 4 fois par an ainsi qu’à l’Assemblée générale annuelle. Durant le Conseil d’administration, l’équipe de la Direction Générale présente les sujets stratégiques, les comptes et les perspectives financières mais aussi l’avancement des programmes dans l’ensemble des pays où nous opérons. Et c’est à nous de répondre aux questions : est-ce que cela est cohérent avec notre projet associatif et notre plan stratégique ? Où allons-nous ? Quels risques pouvons-nous prendre ou ne pas prendre ?

Quelles ont été vos actions durant le premier confinement ?

Lors de notre Conseil d’administration début mars, tout allait presque bien. Ensuite est arrivé le confinement. Lors du CA de juin, qui s’est tenu à distance, sur la base des simulations réalisées par l’équipe de direction, nous avons prudemment décidé de revoir à la baisse le budget de l’association. Fort heureusement, en décembre, nous avons constaté que ces baisses étaient moins importantes que prévues. Côté fonctionnement, il a fallu s’adapter avec la mise en place du chômage partiel en France, les fermetures de frontières, et la gestion de la baisse d’activités. La Déléguée Générale nous a consulté sur ces sujets car, même si la gestion lui est dévolue, il était évident que les administrateurs se devaient d’être à ses côtés ainsi qu’à ceux de l’ensemble de l’équipe.

Comment choisissez-vous vos administrateurs ?

En raison de notre objet statutaire, nous avions historiquement plutôt des énergéticiens, ingénieurs en énergie habitat ou en énergies renouvelables. Mais avec l’élargissement du CA, engagé il y a une dizaine d’années, nous avons aussi un ancien DRH, des personnes retraitées de l’ADEME et de l’AFD, un financier de la Caisse des Dépôts, des responsable de communication à la Croix Rouge et dans une banque, une cadre de Conseil départemental, … autant de profils divers de haut niveau. Pour devenir administrateur.trice il faut adresser au conseil d’administration une demande pour devenir membre actif. Quand cette demande est validée, la candidature à un poste d’administrateur peut alors être soumise au vote de l’Assemblée Générale.

Quelles sont les qualités et les qualifications nécessaires pour faire un « bon » administrateur ?

Chaque administrateur s’engage en fonction de ses compétences et de ses centres d’intérêts. Il est avant tout engagé et doit savoir jouer collectif. C’est à dire penser et agir pour le bien de l’association, en particulier au moment des réunions trimestrielles où sont prises les décisions stratégiques. Il doit aussi pouvoir se mobiliser plus avant de manière ponctuelle, si besoin. Par exemple, participer à un petit groupe de travail, relayer une information dans son réseau à l’occasion d’un événement ou apporter son expertise, comme dans le cas de l’accord d’entreprise récemment signé pour lequel nous avons pu nous appuyer sur notre administrateur ancien DRH. 

Quelles sont les principales difficultés rencontrées pour trouver des administrateurs bénévoles ?

Comme nous sommes dans le métier de l’énergie, plutôt « masculin » jusqu’à présent, nous ne comptons qu’un tiers de femmes mais nous avons progressé et restons mobilisés sur ce sujet. On souhaiterait aussi améliorer la diversité et attirer plus de jeunes. Comme dans toutes les associations ce sont surtout les retraités qui s’engagent car ils disposent, bien évidemment, de plus de temps. Il faut cependant faire attention au décalage possible entre les administrateurs et les équipes permanentes qui sont, elles, assez jeunes. Il reste donc beaucoup de choses à faire.

Est-ce que ce rôle est suffisamment connu et suffisamment mis en valeur en France ?

Non pas du tout. Je ne pense pas que les gens connaissent vraiment le rôle des administrateurs d’associations, à savoir celui de faire fonctionner l’association (avec des salariés au Geres, mais c’est loin d’être le cas de toutes les associations), de garder le cap, ses valeurs, tenir ses engagements, être une instance sur les risques, et le garant de l’utilisation des fonds publics ou privés que nous recevons. Au Geres nous sommes labellisés IDEAS, ce qui nous donne une vraie légitimité. On ne connaît souvent que le Président de l’association et parfois le trésorier. Mais nous sommes un collectif et chaque administrateur apporte quelque chose à l’association, par les informations dont il dispose et qui peuvent être utiles et nous faire progresser. Le Conseil d’administration c’est aussi la stabilité de l’association face au « turnover »  des équipes salariées. C’est une boussole.

Faudrait-il créer des formations pour aider les administrateurs bénévoles à se « professionnaliser » ?

Il existe déjà des formations destinées aux administrateurs, celles de Coordination Sud et du Mouvement associatif par exemple. Elles sont importantes car elles nous permettent de rencontrer nos pairs et d’échanger sur des sujets et problématiques communs. Passerelles & Compétences vient également de mettre en place une formation destinée à celles et ceux qui souhaitent devenir administrateurs mais qui ne connaissent pas ce rôle. C’est une initiative qui me semble très intéressante.

Les administrateurs apportent beaucoup à l’association, mais, en retour, qu’est-ce que cela apporte à l’administrateur ?

Une association comme le Geres, c’est d’abord un lieu sympathique, où on a plaisir à échanger. Comme pour beaucoup de bénévoles, et même si nous n’allons pas, ou très rarement, sur les terrains éloignés, cette mission nous donne beaucoup de fierté, un sentiment d’utilité. Comme quand nous donnons notre aval pour poursuivre les actions au Mali ou en Afghanistan, tout en prenant en compte les risques potentiels. Pour moi, être administratrice bénévole du Geres et agir ainsi pour la solidarité climatique, c’est beaucoup de bonheur.


Pour soutenir le Geres

https://www.geres.eu


A lire également : “Ma Chance Moi Aussi” : une association face au confinement


[1] Créé en 1976, le Geres est une ONG de développement internationale qui œuvre à l’amélioration des conditions de vie et lutte contre les changements climatiques et leurs impacts. Avec 140 collaborateurs salariés, dont 50 de droit français, cette association employeuse ne fait pas ou très rarement appel au bénévolat. Seuls les membres du Conseil d’administration, à qui on demande un engagement personnel par rapport au Geres, le sont. Le Geres a récemment revu sa stratégie  en direction des entreprises mais aussi des citoyens de la Région PACA dans un premier temps sur les enjeux climatiques. L’objectif est d’agir en faveur de la solidarité climatique c’est à dire de réduire l’empreinte carbone, de changer les comportements, tout en soutenant les personnes en situation de vulnérabilité énergétique. Pour cela le Geres prévoit des campagnes de communication, tout en soutenant des actions de terrain tant en France qu’à l’international.

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