Pierre-Emmanuel Grange, fondateur de microDON

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La générosité embarquée est-elle la philanthropie des temps modernes ?

Rencontre avec Pierre-Emmanuel Grange, fondateur de microDON

Pierre-Emmanuel Grange a fondé microDON en 2009 avec une idée bien précise en tête : créer une start-up sociale pour faciliter l’engagement solidaire, dans la vie courante comme en entreprise. Pour cela, microDON a mis en place des outils de mobilisation solidaires et de mécénat participatif afin d’offrir la possibilité à tous d’être acteurs du changement de manière simple, indolore et à son échelle. Son outil phare, l’ARRONDI, a ainsi permis de collecter près de 7 millions  d’euros depuis son lancement, intégralement reversés à des centaines d’associations d’intérêt général.

Comment l’idée de créer microDON vous est-elle venue ?

L’idée m’est venue durant l’un de mes séjours professionnels au Mexique. Je travaillais alors pour un très grand groupe international. C’était en 2005, et le Mexique avait déjà mis en place un programme d’arrondi en caisse dans certains supermarchés, le programme « Redondear », qui signifie « arrondir ». A mon retour en France, j’ai décidé de changer de voie et j’ai quitté les services informatiques pour le  fundraising. En France, on avait déjà les opérations « pièces jaunes » qui fonctionnaient bien. J’ai donc repris l’idée et l’ai adaptée pour en faire du numérique solidaire : je suis devenu une « Madame Chirac 2.0 »  en quelque sorte ! Le concept de « Générosité embarquée » a, depuis, fait des émules et notre famille s’est agrandie. Il s’agit d’une nouvelle forme de philanthropie qui consiste à greffer une opportunité de dons dans les transactions du quotidien pour permettre aux citoyens de donner de quelques centimes à quelques euros à partir d’actes de la vie quotidienne : feuille de paye, tickets de caisse, factures, relevés bancaires, etc.

Le don sur salaire existe depuis plus de 30 ans en Grande-Bretagne et le résultat est bluffant : chaque année, plus de 800 000 salariés anglais y participent, ce qui représente un montant annuel total de 100 millions de livre sterlings !

 Vous dites que les solutions que vous développez contribuent à éveiller l’engagement auprès d’un nouveau public et à (re)mettre du sens en entreprise en fédérant autour de valeurs communes. Pouvez développer ce concept d’engagement ?

Pour moi, l’engagement, c’est tout d’abord un sentiment d’appartenance, une envie de faire ensemble, de construire quelque chose en commun. Il s’agit d’une thématique qui se développe de plus en plus dans les entreprises, en partie grâce à la reprise économique. Les salariés attendent clairement plus qu’un salaire. L’ « Employee value proposition » s’est sans cesse développée ces dernières années et l’employeur est aujourd’hui obligé de répondre à cette question : « Qu’est-ce que je peux proposer à mes collaborateurs pour qu’ils s’épanouissent ?»  Je pense que la solidarité répond largement à cette interrogation car il s’agit d’un vecteur d’engagement très puissant, qui va bien au-delà du team building sportif par exemple, car il s’agit de soutenir des causes. Les entreprises surfent là-dessus : aider une association, parfois par le biais de son antenne locale lorsqu’on est en région, est une manière de créer un réel sentiment de fierté pour les salariés.

Vous avez récemment complété votre solution Dons sur salaire avec celle de Dons de temps pour former un module « engagement ». Quels sont les publics visés ?

Contrairement à ce que l’on peut lire parfois, je pense que le concept d’engagement touche toutes les générations. On parle beaucoup de la fameuse « génération Y » qui a de nouvelles attentes. Certaines sociétés emploient en effet beaucoup de juniors dont le turnover est très rapide, et cela leur pose un vrai problème. Pour pallier cela, certaines sociétés mettent en place des programmes d’engagement propres aux juniors. On peut citer l’exemple de « Vendredi » qui propose aux jeunes salariés d’effectuer des missions de mécénat de compétences tous les vendredis au sein d’une association.

Mais l’engagement touche aussi une population senior. Le « temps partiel senior » peut en effet permettre une transition plus douce vers la retraite. Quand on est senior, on ne travaille plus forcément au même rythme que les autres mais on a des compétences plus solides que l’on a souvent envie de transmettre, et cela peut se faire au sein d’associations qui ont d’énormes besoins. Il s’agit d’une autre forme d’investissement, qui prépare l’après-travail. Je suis totalement convaincu de l’importance de ce sujet car passer par la case « pôle emploi » avant de prendre sa retraite est humainement difficile à vivre : on a le sentiment d’être devenu inutile, ce qui est loin d’être le cas.

Entreprises/salariés/associations : peut-on parler d’un « triangle vertueux » ?

Je dirais plutôt qu’on a affaire à un ensemble de cercles vertueux qui se nourrissent les uns les autres mais dont le curseur ne se situe pas forcément au même endroit. L’Arrondi sur salaire ou en caisse par exemple ne change pas le monde mais c’est un premier pas vers la solidarité, une première manière de donner, une éducation au don. Il peut donner envie d’en faire plus, c’est le fameux « Colibri », popularisé par Pierre Rhabi, qui tient à faire sa part.

Concernant ce dispositif, j’insiste sur le fait qu’il y a une vraie dimension collective puisqu’il s’agit d’un « mécénat collaboratif ». Les salariés choisissent les associations qu’ils souhaitent soutenir, par le biais de votes par exemple, et les employeurs, dans 90% des cas, abondent les dons. Tout le monde en tire un bénéfice. Parfois, comme par exemple dans les situations d’urgence, il est possible de soutenir des associations qui agissent sur le terrain, en faisant cette fois des dons directement par carte bancaire.

 « The only constant is change » que l’on peut traduire par « la seule constante c’est le changement », est une phrase qui vous tient à cœur, pourquoi ?

Cette citation me parle car je suis persuadé qu’il ne faut jamais rester statique. Au contraire, il faut se réinventer sans cesse, et c’est ce que nous essayons de faire chaque jour chez microDON.

 © Encore Magazine

Version anglaise / English version

 

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